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Recours collectif des victimes de Paul-André Harvey : une lettre écrite en 1969 soulève des interrogations

Les victimes de l'ex-curé Paul-André Harvey, regroupées au sein de l'Association des jeunes victimes de l'Église, souhaitent obtenir de la Cour le droit d'interroger avant le début des audiences deux personnes qui pourraient se révéler des témoins importants dans le recours collectif qu'elles intentent contre leur agresseur et le diocèse de Chicoutimi.

Un texte de Denis Lapierre

L'un d'eux est Jean-Guy Couture, qui était évêque de Chicoutimi entre 1979 et 1987, période au cours de laquelle le prêtre pédophile a sévi dans diverses paroisses du diocèse.

Monseigneur Couture a maintenant 87 ans et les procureurs des requérantes craignent que son état de santé se détériore et qu'il ne puisse plus témoigner lors de l'audition de la requête en cour. Son témoignage est jugé essentiel dans cette affaire, puisqu'il demeure un témoin important pour savoir si les autorités du diocèse étaient au courant ou non des agissements de l'ancien prêtre.

L'autre personne que les avocats des requérantes veulent interroger est Jean-Paul Fortin, qui a fait sa carrière de médecin de famille à Kénogami. Au début des années 60, l'ex-abbé Harvey était vicaire à la paroisse Sainte-Cécile de Kénogami, dont le presbytère était situé en face de son cabinet.

Or, ce médecin a écrit au début de 1969 une lettre adressée à l'évêque de l'époque, Mgr Marius Paré, à qui il confie ses inquiétudes au sujet de Paul-André Harvey.

Il y décrit un homme « dépressif », « immensément malheureux », qui vit dans un presbytère où existe un « malaise ». Le Dr Fortin ajoute qu'il craint que surviennent des « choses irréparables » si personne n'intervient, tout en se défendant de dicter une ligne de conduite à l'évêque du diocèse. À la fin de la lettre, il fait appel à l'intelligence et aux grâces de Mgr Paré pour qu'il traduise ses propos.

Ce genre de lettre est de nature à susciter beaucoup d'interrogation chez les victimes qui se demandent que cache ce « malaise » et ces choses irréparables que le médecin ne nomme nulle part.

Rencontré chez lui près de 50 ans plus tard, Jean-Paul Fortin, aujourd'hui à la retraite, hésite lorsqu'on lui parle de ses rencontres avec l'ancien curé pédophile. Lorsqu'on lui parle de la lettre, l'homme de 85 ans commence par nier puis, lorsqu'on lui présente la photocopie du document, il se souvient.

« Paul-André Harvey et moi étions des anciens du séminaire de Chicoutimi. Nous n'étions pas des amis, mais on se connaissait », raconte-t-il.

Comme Paul-André Harvey demeurait en face de chez lui, il le rencontrait à l'occasion et il l'a aussi eu comme patient à quelques reprises.

Lors d'aucune de ces rencontres, la question de possibles pulsions sexuelles pédophiles ou de pulsions violentes contre des jeunes filles n'a été abordée. Et rien ne permettait au Dr Fortin de soupçonner quoi que ce soit en ce sens.

« J'ai appris l'affaire des agressions sexuelles de Paul-André Harvey dans les journaux, lorsque les accusations ont été déposées », répète le médecin à la retraite.

Ses mises en garde à Mgr Paré visaient plutôt les relations tendues entre le vicaire et le curé de la paroisse, Alfred Girard, « un homme au caractère difficile », ajoutera-t-il avec un sourire au cours de la rencontre.

Ces tensions avaient un effet délétère sur M. Harvey, avait alors évalué le médecin qui souhaitait voir son patient prendre quelques semaines de repos. Il aurait aussi aimé que l'évêché prenne contact avec lui après avoir reçu sa lettre, ce qui ne s'est jamais produit.

Puis, Paul-André Harvey a été affecté à une autre paroisse et il ne l'a revu qu'une fois, à la fin des années 2000, lors d'une réunion d'anciens du séminaire. « Et là encore, j'ignorais les gestes qu'il avait posés », et qui devait valoir à l'ex-curé une condamnation à six ans de pénitencier.

Nous avons tenté de joindre l'ancien évêque de Chicoutimi, Jean-Guy Couture, pour connaître aussi sa version des faits.

Les appels que nous lui avons adressés sont demeurés lettre morte. Mais l'avocate du diocèse dans ce recours collectif, Me Estelle Tremblay, assure qu'il n'était pas au courant des agissements du prêtre, sous sa responsabilité entre 1979 et 1987.

Me Tremblay est d'ailleurs tout à fait en accord avec la volonté des requérantes d'interroger l'ancien évêque et le médecin à la retraite avant le début des auditions en cour, estimant elle aussi que l'âge des deux hommes justifie de procéder le plus rapidement possible.

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