Un affichage de postes réservés exclusivement aux hommes suscite de vives réactions à la prison de Roberval. Radio-Canada a obtenu copie d'une note de service jugée sexiste et inacceptable par le syndicat.

Un texte de Véronique Dubé

Dans la note de service envoyée le 7 octobre dernier, la directrice de l'établissement de détention, Josée Desjardins, mentionne avoir besoin de cinq nouveaux employés masculins dans l'équipe correctionnelle d'intervention d'urgence.

L'équipe spéciale se déploie en cas d'émeute, par exemple, et chaque établissement carcéral québécois en compte une. Ces agents correctionnels sont formés et équipés pour réagir aux débordements.

À Roberval, 22 agents correctionnels forment cette unité, dont quatre femmes. Selon nos informations, ces agentes répondent bien aux besoins.

La direction cherche à augmenter ses effectifs.

Pourtant, la note précise préalablement que certaines femmes ont déjà subi certains tests physiques qui leur permettent d'accéder à cette fonction.

« Tous ceux et celles qui ont déjà donné leurs noms et qui ont passé le test physique l'année dernière seront convoqués dans les prochains jours pour la prochaine étape du processus de sélection, soit l'entrevue », écrit la directrice.

Grief du syndicat national

Choqué, le syndicat local des agents correctionnels a tenté, en vain, de convaincre la directrice de revoir son appel de candidatures, considéré comme sexiste.

La section nationale du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec s'est donc mise de la partie, estimant qu'à compétences égales, les femmes méritent de postuler. D'autant plus que la politique d'embauche ne prévoit aucun ratio basé sur le sexe.

Le président Mathieu Lavoie est surpris qu'une telle discrimination ait été possible.

Le syndicat s'inquiète, mais affirme que le ministère de la Sécurité publique déplore aussi l'appel de candidatures de la direction du centre de détention de Roberval.

Selon M. Lavoie, Roberval n'est pas la seule prison où des processus d'embauche discriminatoires ont été mis de l'avant au cours des derniers mois.

« Dans nos demandes de négociations à la convention collective, on veut venir encadrer ce genre de recrutement là au niveau des équipes spécialisées pour empêcher qu'une gestionnaire comme celle de Roberval fasse ça tout croche », dit-il.

Des précisions de la Sécurité publique

Le ministère de la Sécurité publique justifie son appel de candidatures réservé aux hommes notamment par la nécessité d'assurer la protection des membres du personnel et des personnes incarcérées.

« Dans un souci de respect de la dignité humaine, il importe de maintenir un équilibre dans la composition des équipes correctionnelles d'intervention d'urgence, écrit le Ministère dans un courrier électronique. Dans la mesure du possible, cet équilibre doit être maintenu sur tous les quarts de travail puisque une situation d'urgence peut survenir à tout moment. »

Le Ministère ajoute que sa préoccupation est aussi liée, entre autres, aux pratiques en matière de fouilles à nu, qui stipulent que la personne incarcérée doit être fouillée par un employé de même sexe.

Des considérations tactiques, telles que le rapport de force qui s'établit lors d'interventions d'urgence réalisées auprès de prisonniers masculins, sont également invoquées.

Six jours pour postuler

Après le dépôt de ce grief, la directrice Josée Desjardins a modifié l'appel de candidatures dans une seconde note de service expédiée le 21 octobre.

Elle y a retiré la clause sexiste. L'appel de candidatures, rédigé au masculin, s'est terminé le 26 octobre. Ce qui a donné six jours aux femmes pour postuler, alors que les hommes ont eu 14 jours pour le faire.

Le syndicat veille à ce que toutes les candidates intéressées aient eu le temps de postuler et dénonce le délai jugé inacceptable et inéquitable.

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