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Sommet du G7 : un étudiant de Saguenay épié par les autorités

La Gendarmerie royale du Canada (GRC), la Sûreté du Québec (SQ) et la Sécurité publique de Saguenay ont enquêté pendant trois mois sur un étudiant de Chicoutimi en raison de la venue du G7 dans la région.

C'est un travail universitaire portant sur l’histoire de la mitraillette AK-47 qui a laissé croire aux autorités que ce militant s'était radicalisé et qu'il pourrait commettre un attentat.

« Il fallait faire un projet de recherche sur un objet qui avait changé le monde. Moi, j’ai choisi comme objet le AK-47. C’est une arme à feu qui a été inventée par les Soviétiques qui est un peu un dérivée d’une arme allemande de la Deuxième Guerre mondiale », raconte l’étudiant.

Le militant antiraciste, qui souhaite garder l'anonymat pour protéger sa réputation, a été placé sous surveillance par le groupe intégré de sécurité mis sur pied dans le cadre du G7.

« C'est choquant de savoir que t'es observé pis que tes moindres mouvements sont rapportés pis que t'es carrément en filature, tu es espionné », explique le jeune homme.

L’étudiant sous haute surveillance

Des agents se sont présentés à son domicile et l'ont attendu à la sortie de ses cours pour le questionner.

« Quand ils t’envoient la GRC à tes trousses, c’est un facteur de stress, c’est vraiment un facteur de stress. Tu te dis : “Est-ce qu’il y a quelque chose que j’ai fait? Est-ce que je suis en danger? Est-ce que je vais finir en prison? Est-ce que je vais avoir des poursuites?” C’est là que j’ai contacté mon avocate. Elle leur avait demandé : “Pourquoi vous voulez lui parler? Qu’est-ce que c’est?” Les policiers n’ont pas voulu le dire. »

Garder le silence

Redoutant qu'il s'agisse d'une tactique de profilage comme ce fut le cas lors du Sommet des Amériques en 2001, son avocate lui a conseillé de garder le silence.

« On va aller s’assurer vraiment qu’il n’existe pas de danger pour les chefs d’État et pour le grand public également. Parfois, certaines personnes résistent à ce travail policier, ça fait en sorte qu’on a beaucoup plus de travail parce que ces gens-là ne veulent pas qu’on travaille sur eux, ne veulent pas nous divulguer certaines informations », explique Bruno Cormier, le porte-parole de la Sécurité publique de Saguenay.

Les enquêteurs de la GRC, de la SQ et de la Sécurité publique de Saguenay ont finalement interrogé l’employeur et la famille de l’étudiant.

« Ils ont simplement dit que j’avais parlé en mal du G7 et toutes sortes d’excuses bidon. Je ne comprends pas. J’ai été chanceux d’ailleurs de ne pas perdre mon travail avec ça. Ils ont mentionné le nom d’Alexandre Bissonnette et ils ont mentionné que ce gars-là avait des signaux d’alerte et les policiers ne les avaient pas décelés et qu’ils ne voulaient pas que ça se reproduise. Carrément, ils soupçonnaient que je pouvais être le prochain Alexandre Bissonnette », ajoute le militant.

L’étudiant ciblé lors d’une manifestation

C'est un amalgame d'informations qui a poussé les enquêteurs des renseignements criminels à s'intéresser à l'homme de 21 ans.

Le 25 novembre dernier, il faisait partie de la quarantaine de militants arrêtés lors d'une manifestation contre les groupes identitaires Stor m Alliance et La Meute à Québec.

« J’ai été accusé d’attroupement illégal et de port d’un déguisement à dessein criminel, mais ces accusations sont tombées. »

La boucle de ceinture arborant un pistolet qu'il portait lors de la manifestation a aussi contribué à éveiller les soupçons.

En acceptant finalement de rencontrer la police il y a quelques jours, il a pu expliquer qu'il s'agissait d'un cadeau de son grand-père qui était garde-chasse.

« On a pris ça comme si c’était une arme, peut-être un penchant pour les armes. Sur les photos de moi au commissariat, je portais la barbe. Ils m’ont montré une photo de moi carrément de face : “C’est quoi l’affaire? Tu veux combattre en Syrie?”. »

Les doutes sur les intentions du jeune homme sont maintenant dissipés.

Il espère tourner la page et écarte toute participation à une manifestation au Sommet du G7.

D’après le reportage de Priscilla Plamondon Lalancette

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