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Une pièce de théâtre interactive pour faire tomber les préjugés envers les Autochtones

Au milieu d'une salle de réunion du Centre d'amité autochtone de Saguenay, une vingtaine de spécialistes de la santé se font une place sur une des cinq couvertures étendues sur le sol. Ainsi commence une formation pour les sensibiliser à la réalité autochtone.

Un texte de Catherine Paradis

Pour bien comprendre d'où viennent les Autochtones qu'ils rencontrent, les intervenants en santé mentale du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont vécu, au sens propre, l'histoire des Premières Nations dans une formation qui prend la forme d'une pièce de théâtre interactive.

« Aujourd'hui, vous êtes Amérindiens, dit d'emblée l'animateur spirituel, Tshieuten. Ces couvertures sont votre territoire. »

Au fur à mesure que les participants remontent l’histoire autochtone, les couvertures se replient, leur territoire se rétrécit.

Vous allez maintenant habiter dans des réserves. Repliez vos couvertures de façon qu'elles forment le plus petit espace possible sur lequel vous tenir debout.

extrait de la formation

D’autres doivent quitter leur couverture, car ils sont envoyés au « pensionnat autochtone ».

Deux heures intenses, un cours d’histoire comme nul autre.

Objectif de sensibilisation

Le Centre d'amitié autochtone du Saguenay offre cette formation depuis cinq ans.

Tous s'entendent pour dire que des préjugés persistent à l'endroit des Autochtones, qui sont toujours surreprésentés dans les services d'aide en santé mentale, de dépendance et d’appui aux jeunes contrevenants.

« On entend parfois que le rétablissement est difficile avec eux. On met beaucoup d'heures avec peu de résultats », remarque la neuropsychologue Audrey Fortin.

« C’est d'avoir une meilleure compréhension de ce qu'ils vivent au quotidien parce que c'est enraciné depuis longtemps », admet Martin Lamontagne, coordonnateur des équipes d’intervenants jeunesse dans le secteur Domaine-du-Roy.

Services de santé adaptés

La travailleuse sociale spécialisée en santé mentale au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS), Julie Bouchard, a été l’instigatrice de ce rapprochement entre Autochtones et non-Autochtones.

« On a essayé de voir comment concrètement, à notre niveau, on pouvait commencer à changer les choses dans le but d’adapter nos services à cette clientèle grandissante », explique-t-elle.

À Roberval, par exemple, les autochtones représentent le quart des patients de la psychologue Julie Garneau. Elle demandait depuis longtemps de suivre une formation axée sur les Premières Nations.

Ça fait réaliser que si, dans notre intervention, on continue dans cette impuissance au lieu de leur redonner de l'espoir et du pouvoir, on perpétue un peu ça en même temps.

Julie Garneau, psychologue

La formation finit avec un mot d’espoir.

Ce n’est pas vous qui avez fait ça aux autochtones, mais aujourd’hui vous pouvez aider.

extrait de la formation

« C'est une manière de faire prendre conscience, mais pas de culpabiliser. C'est plus dans la prise de conscience pour avancer », explique une des formatrices, Jessica Nanipou.

La prochaine étape sera de familiariser les communautés autochtones avec les ressources disponibles. Des intervenants en santé iront à leur tour rencontrer les Amérindiens pour faciliter leur orientation dans le système de santé public.

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