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Elle gazouille en direct la terrible rencontre à la table d'à côté

Le 3 juillet dernier, en plein après-midi, une jeune blogueuse était assise à une table dans un café de Toronto. À la table voisine étaient assis un homme et une femme qui se rencontraient pour la première fois. 

Peut-être que la tête du gars ne lui revenait pas, peut-être qu’elle sentait que tout n’allait pas bien se dérouler, mais sûrement parce qu’elle se spécialise dans la « microréalité », Anne Thériault s’est mise à gazouiller l’échange en direct sur son compte Twitter

Le résultat, qui mélange commentaires et dialogue, forme une saynète criante de vérité, un cliché critique et humoristique d’une société où l’égocentrisme fait de plus en plus de ravages. Et la finale est grandiose.

Je vous traduis ici ce bel exemple de microréalité.

« 15:12 Je regarde un couple qui semble vivre une terrible première rencontre à la table d’à côté. Le gars est le typique écrivain précieux et égocentrique. 

15:13 “J’écris un scénario. C’est au sujet de ce gars qui n’a jamais l’impression d’être à sa place. Qui se sent juste différent.”

15:15 “Les gens me disent que je ressemble à James Franco”

15:17 Elle lui pose poliment des questions. Pas une seule fois, il ne la questionne sur elle-même. Attendez, il vient de lui demander si elle est déjà sortie avec un écrivain merde.

15:19 “Écrire est très difficile. Les gens ne savent pas ça. Ça demande beaucoup d’introspection, beaucoup de batailles avec tes propres démons.”

15:26 Il se plaint maintenant du “corps” du café, en lui disant qu’il connait une place où ils ne rôtissent pas trop les grains.

15:35 La fille travaille pour une organisation sans but lucratif. Le gars lui explique avec condescendance pourquoi la plupart des modèles sans but lucratif ne fonctionnent pas, il a déjà cherché à le faire.

15:38 Chaque fois qu’elle mentionne quelque chose, il “a déjà fait ça une fois, avec son copain” et est maintenant un expert en la matière.

15:40 Fille : En fait j’aime cuisiner.

Oh dieu tu devrais essayer ma sauce puttanesca, mon ami qui est un chef         dit qu’elle est même meilleure que la sienne/p>

15:43 “Plusieurs de mes amis ont des enfants, mais je ne sais pas, ‘rire embarrassé’, “je peux à peine m’occuper de moi-même, alors un bébé.”

15:45 OH NON MAINTENANT IL EXPLIQUE QUE SA PEUR D’AVOIR DES ENFANTS PROVIENT DES PROBLÈMES AVEC SON PÈRE ET JE N’EN PEUX PLUS

15:46 La fille semble un peu paniquée.

15:50 La fille vient de regarder son téléphone en feignant la surprise. “Oh bizarre, j’ai un texto de ma mère.” J’ai reniflé avec force et me suis tournée pour faire semblant de tousser.

15:51 Gars, inconscient : “ah oui ? C’est génial, je ne pense pas que ma mère sait même comment texter”

15:53 Fille : “ouais, elle a, euh, peur d’avoir laissé le poêle allumé. Elle est en réunion et ne peut pas retourner chez elle. Je ferais mieux d’aller vérifier pour elle.”

15:58 Gars : tu veux y aller et revenir ?

    Fille : C’est pas mal loin. Peut-être qu’on peut se reprendre la semaine prochaine? Je vais te texter.

ET ELLE SORT À TOUTE VITESSE

15:59  Il a ouvert son portable et s’est mis à écrire. J’espère que c’est une histoire triste sur sa vie.”

La microréalité, ou la vie à coup de 140 caractères

Les tweets d’Anne Thériault, qui cumule près de 17 000 abonnés sur Twitter, où elle est très active, sont vite devenus viraux. 

Parce qu’elle a “osé” transcrire et commenter un extrait de vie d’inconnus, la blogueuse a été traitée de “conne pleurnicharde, d’idiote, de méchante intimidatrice, de menteuse, de peureuse, de cruelle et maligne”, et autres épithètes tout aussi charmants et ce, en une seule journée. Elle ne nomme pourtant personne dans ses gazouillis, elle ne donne même pas le nom du café où la scène se déroule, elle n’a pas non plus commis l’indécence de photographier le triste couple éphémère.  

Heureusement, la blogueuse reçoit tout ça avec humour. 

J’aspire un jour à avoir une page Wikipédia, a-t-elle commenté sur Twitter, où le haut fait de ma vie professionnelle est “elle a tweeté en direct un gars qui ressemblait à James Franco”.”

Fait des plus intéressants, quatre jours après la publication de cette microréalité, la blogueuse pouvait faire le constat suivant :

Réponses à ma microréalité sur une mauvaise rencontre

Hommes : tu es tellement mesquine et je parie que tu as tout inventé de toute façon.

Femmes : j’ai vécu exactement la même chose”.

Et voilà.

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