Portrait inspirant : Fanny Britt, toute vérité est bonne à lire!

Portrait inspirant : Fanny Britt, toute vérité est bonne à lire!

Je referme le livre Les retranchées de Fanny Britt, après avoir eu le cœur qui s’est serré à quelques reprises, après avoir eu le regard qui s’est embué, sans vraiment savoir pourquoi, sans pouvoir mettre le doigt sur un élément en particulier. Simplement, peut-être, car ce qu’elle écrit est rempli de vérité. Peut-être aussi, car le vrai est de moins en moins présent dans notre réalité submergée par les médias sociaux.

La simplicité du réel

Derrière ce livre d’une si grande simplicité : un petit format, deux teintes de gris, une écriture rosée; se cache une grande écrivaine à l’orée de la quarantaine. Elle semble porter en elle la même simplicité que ce livre. Celui-ci ne possède aucune fioriture pour accrocher notre regard. D’ailleurs, à la librairie, on a dû le chercher, dans le minuscule rayon des Essais, loin de la table des nouveautés. L’emphase n’est pas mise sur le contenant, tout est dans le contenu. Alors que dernièrement j’avais été déçu de me retrouver avec des livres accrocheurs, mais avec aucun contenu, un peu à l’image d’une certaine facette de notre société, ça m’a rassuré de tenir ce livre entre mes mains. La simplicité et la vérité ont encore leur place? J’ose croire que les mots de Fanny Britt trouveront leur chemin, à leur façon.

Une dramaturge, écrivaine et traductrice, bref une magicienne des mots

Fanny Britt est originaire d’Amos, en Abitibi, mais elle est vite devenue une Montréalaise dans l’âme alors qu’elle y est déménagée durant son enfance. Ses parents venaient de se séparer, elle y a emménagé avec sa mère. Une situation commune, comme pour plusieurs de ses amis, mais qui a inévitablement forgé son parcours.

Dès qu’elle a su écrire, elle s’est mise à rédiger des histoires. Elle n’en est donc pas à ses premiers écrits, loin de là! Elle qui pensait devenir professeure de littérature a pris une autre direction lorsqu’elle a découvert le programme d’écriture dramatique de l’École Nationale de Théâtre du Canada.

D’abord dramaturge, elle a écrit de nombreuses pièces dont Bienveillance et Hurlevents. Toutefois, puisque ses mots ne sont pas confinés à un format et à un public prédéfini, elle a aussi écrit des romans, dont deux romans graphiques pour la jeunesse avec l’illustratrice Isabelle Arsenault, Jane, le renard et moi et Louis parmi les spectres et collaboré à la scénarisation de la série Tactik et Nouvelle adresse.

À travers son œuvre diversifié, elle y a aussi ajouté deux essais, un premier paru en 2013 : Les tranchées, maternité, ambigüité et féminisme, en fragments et un second en 2019 : Les retranchées, échecs et ravissement de la famille, en milieu de course. Et même si la course est plutôt tendance, ici il n’est pas question de la course à pied, mais bien de la course à laquelle on se livre au quotidien dans notre société.

Un discours à contre-courant

Sa feuille de route est longue. Elle mérite déjà toute mon admiration. Mais, ce qui la rend si inspirante à mes yeux s’avère son discours à contre-courant qu’elle assume totalement, particulièrement dans son dernier essai, Les retranchées.

Dans ce livre, on n’y trouve pas de réponses, encore moins des condamnations. Fanny Britt soulève des questionnements à l'ère des médias sociaux. Elle mentionne en entrevue qu’avec la tribune qu’elle possède en tant qu’auteure, elle a la responsabilité de la lucidité, même si c’est inconfortable. Et cette lucidité, nous en avons bien besoin.

Alors dans ce livre, elle remet en question, entre autres, la famille Instagrammable, cet idéal de perfection. Pourquoi sommes-nous obnubilés par ces images? Comment se fait-il que la ligne entre le réel et l’image derrière nos écrans se brouillent de plus en plus? Pourtant, comme individu, nous devons être capables d’envisager l’imperfection, tout comme nos échecs qui font partie de notre cheminement. Non seulement nous ne pouvons pas être parfaits, mais nous ne devons pas l’être!

Ces images de perfection nous poussent à valoriser ceux qui repoussent sans cesse leurs limites. Mais, au fond, est-ce réaliste de penser que nous pouvons toujours les repousser, dans toutes les sphères de notre vie?

Selon Fanny Britt, nous n’avons plus les moyens comme société de penser que les médias sociaux ne sont qu’une forme d’évasion. Il faut regarder la vérité en face. Ils servent incontestablement à nous faire rentrer dans un moule… qui sert aux géants de ce monde, toujours dans l’objectif de nous faire acheter davantage. Comme si les biens, comme dans les images parfaites d’Instagram, apportaient le bonheur.

Elle réfléchit aussi sur les raisons qui nous poussent à nous sentir toujours inadéquates, et même incompétentes. Les femmes mais aussi les hommes ne savent plus quelle place ils doivent prendre. La croissance est la valeur suprême dans notre société, celle-là même qui souhaite que l’on repousse toujours nos limites. Mais est-ce vraiment ce qui nous habite? D'autant plus que dans une cellule familiale, nous pouvons rarement calculer, quantifier, ordonner, mais nous devons surtout aimer et prendre soin les uns des autres. 

Fanny Britt écrit : « si j’admettais mes limites, je m’excluais du système ».

C’est toutefois ce que nous devons faire pour nous respecter. Elle s’est donc permis de dire non à une troisième grossesse, même si une part d’elle en avait envie, même si c'est valorisé par un grand nombre. Cependant, une autre partie d'elle avait besoin de silence et de calme. Elle a même dit oui à un chien, pour réaliser qu'elle n'en avait pas la force et finalement lui dire au revoir. Malgré la peine que cela pouvait créer.

Le réel est imparfait, mais il est vrai. Et c’est indéniablement ce que nous devrions rechercher.

Et si la vie c’était comme faire du pain?

Elle termine son essai en faisant une merveilleuse métaphore avec le pain. Pour en avoir fait durant un an sur une base régulière, je comprends exactement de quoi elle parle. Même si l’on mélange toujours les mêmes ingrédients, de la même façon, le résultat n’est jamais le même. Il en va de même avec la maternité et… la vie. Bref, il ne sert à rien de chercher une formule toute faite, de chercher la perfection, encore moins dans l’univers parfait des comptes Instagram ou des célèbres blogueurs et blogueuses de ce monde. Mais il faut surtout prendre plaisir à pétrir la pâte! Et peu importe l’apparence qu’aura notre pain, il sera savoureux, car nous l’aurons fait avec amour!

 

Pour en apprendre davantage sur Fanny Britt, lisez l’une de ses œuvres, vous découvrirez certaines facettes de son discours et plongez dans ces essais : Les tranchées et Les retranchées.

Bonne lecture et bonne réflexion!

 

Sources : Télé-Québec, Ici Radio-Canada, L'Actualité

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