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La dame du Santissimo Basbaro, un fantôme annonceur de malheurs

La dame fantôme du navire Santissimo Basbaro

L’île Tortuga, célèbre repères des pirates et des boucaniers, a entendu bien des légendes maritimes. C'était à celui qui raconterait la meilleure aventure. Et parmi celles-ci, celle du capitaine Le Golif qui croisa la route du Santissimo Basbaro

Début du 18e siècle, le capitaine navigue sur les eaux des Bahamas. Il s’empare alors d’un galion espagnol, le Santissimo Basbaro. La prise du navire s’était fait très facilement, d’autant que le gréement avait été emporté par un tempête et qu’au moins la moitié de l’équipage avait péri dans la tempête et avait été emporté par le mal de Siam (aujourd’hui appelé la fièvre jaune). Bien que l’épidémie ait été contenue, les hommes étaient occupés à pomper les cales et à tenter de réparer ce qui pouvait l’être. Face à Le Golif, ils avaient donc baissé pavillon, car ils n’étaient pas en état de se battre.

Une traversée étrange

Deux mois plus tôt, le Santissimo Basbaro avait quitté Cadix les cales bourrées de vins, de papiers, d’étoffes,… à destination de Cartagena en Colombie. Très rapidement, l’équipage avait été atteint du scorbut et incapable de manoeuvrer le navire.

Certains membres d’équipage un peu moins affectés réalisèrent alors que le navire avait maintenu son cap durant les trois jours de la crise et qu’il avait accosté près d’une île pourvu de fruits à volonté. Ce qui est justement le remède au scorbut… Mais cette traversée étrange n’avait pas fini de les surprendre.

Après cette escale improvisée, plusieurs marins signalèrent la présence d’une femme à bord alors qu’aucune passagère n’avait embarqué à Cadix. Bien que personne ne prit cette apparition au sérieux, l’équipage commença à réaliser que chacune de ses apparitions annonçait une catastrophe. L’épidémie de fièvre jaune se déclencha faisant plusieurs victimes, puis sa présence annonça une tempête qui emporta une partie de l’équipage, et enfin arriva leur capture par le capitaine Le Golif. 

La dame fantôme du navire Santissimo Basbaro

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L’apparition de la dame du Santissimo

Le Golif prit ça avec un grain de sel, autrement dit il n’y cru pas une seconde! Pourtant, alors qu’il devait se rendre sur le pont principal, une ombre lui masqua la lumière de l’écoutille au-dessus de lui. Il recula pour laisser passer la personne. Apparu alors la plus belle femme qu’il ait vu. Elle passa près de lui sans jamais lui accorder son attention, entra dans la cabine du lieutenant et ferma la porte. 

Persuadé que l’équipage du Santissimo avait caché l’existence d’une passagère, il se précipita dans la cabine qu’il trouva (évidemment) vide. Il interrogea alors plus sérieusement le capitaine du Santissimo qui lui raconta qu’il s’agissait du fantôme de Irina de Benalcazar y Moron. 

Le Santissimo Basbaro avait participé à la guerre contre les Hollandais sur la Manche. À son bord, se trouvait Don Francisco de Benalcazar y Moron qui venait tout juste d’épouser Irina. Durant la bataille, il fut décapité par un boulet de canon… Irina apprit la mort de son mari alors qu'elle était enceinte de quelques semaines. Elle prit soin de son enfant jusqu’à ce qu’il n’ait plus besoin du sein et le confia à une amie.

Elle se rendit ensuite à l’église, s’agenouilla pour prier devant l’autel, puis se poignarda le coeur. Les suicidés n’ont pas droit à être enterré en terre sacrifiée. Ce qui expliquait son fantôme et le fait qu’il apparaissait toujours pour annoncer une mauvaise nouvelle. En conclusion, le capitaine annonça à Le Golif que quelque chose de tragique se préparait dans les prochains jours.

Effectivement, le lendemain matin, les cales du Santissimo se remplirent d’eau et il fut impossible de lutter… Le Golif fit sortir les chaloupes et rapprocha son navire. Mais, faisant le quart du tonnage du Santissimo, il n’y avait de place pour aucun prisonnier. Les richesses des cales furent placées dans les chaloupes et il fut décider de laisser à bord les malades et les blessés qui avaient peu de chance de survivre.

Ils s’éloignèrent et virent le bateau couler doucement. Le fantôme de Dona Irina apparut sur le gaillard d’avant, traversa le pont, franchi le bastingage et continua simplement à marcher sur la mer. Selon les marins témoins, elle avait pris la direction de l’Espagne, son pays.

Lorsque les témoins reprirent contenance, le galion espagnol avait coulé corps et bien. 

La légende ne dit pas si la dame a hanté les membres de sa famille ou l’église dans laquelle elle s’était suicidée. Ce qui est sûr, c’est que cette histoire faisait le bonheur des pirates les soirs de tempête!

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